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Les éditions Moure sont Elodie Taillardas et Laurent Moure.
Approche-toi davantage, proposa doucement Rogojine. Le prince fit un pas en avant, un autre, puis s’arrêta. Il resta immobile une minute ou deux, s’efforçant de percer l’obscurité du regard ; pendant tout le temps qu’ils restèrent près du lit, ils ne dirent pas un mot ni l’un ni l’autre ; le cœur du prince battait si fort qu’on eut dit qu’on l’entendait dans le silence de mort de la chambre. Mais il s’était déjà habitué à l’obscurité, de sorte qu’il put discerner le lit ; quelqu’un y dormait, d’un sommeil absolument immobile ; on n’entendait pas le moindre son, pas le moindre souffle. Le dormeur était recouvert de la tête aux pieds d’un drap blanc, mais ses membres ne se dessinaient que vaguement ; on voyait seulement à la saillie qu’il formait qu’un corps humain y était allongé. Tout autour, sur le lit, au pied du lit, sur le fauteuil tout contre, jusque sur le parquet, étaient éparpillés en désordre des vêtements ; une somptueuse robe de soie blanche, des fleurs, des rubans. Sur une petite table au chevet du lit scintillaient des diamants, jetés au hasard. Au pied du lit, des dentelles étaient roulées en boule, et sur la blancheur des dentelles, sortant du drap, se distinguait le bout d’un pied nu ; il semblait être taillé dans le marbre et était effroyablement immobile. Le prince regardait et sentait que plus il regardait, plus profond, plus sépulcral, devenait le silence de la chambre. Soudain, une mouche, tirée de son sommeil, se mit à bourdonner ; elle passa au dessus du lit et le bourdonnement s’éteignit à son chevet. Le prince tressaillit.
(Dostoïevski , l’idiot)